Le discernement une histoire d’amour

« Je n’ai pas le droit de le juger, moi ! Cela me gêne : il est une autre personne et moi aussi je suis pécheur ... Et puis je me dis qu’après tout il recevra l’Esprit Saint. C’est ça qui est important : l’action de l’Esprit, la grâce, c’est pas nul. Autant lui faire avoir la grâce tout de suite. " »


Des mots et des questions à discuter :
l’Esprit Saint et la grâce, mon péché, le jugement...

À propos de la grâce ou de l’Esprit, partout à l’œuvre dans le monde, l’Esprit « infuse » la grâce chez tous les hommes (Catéchisme de l’Église catholique, n° 1999) et précisément aussi chez les non-baptisés ! C’est pourquoi des hommes et des femmes, touchés par la grâce, demandent le baptême. Mais il existe des grâces spécifiques : ainsi sont les grâces sacramentelles, liées à chaque sacrement. N’oublions pas que la grâce spécifique du baptême, comme toutes grâces, ne peut être reçue que dans certaines conditions (on pourrait dire aussi à contrario que le baptisé ne reçoit pas les grâces accordées aux catéchumènes !).

"Alors Jésus fixa sur lui son regard et l’aima" (Marc 10,21a)


Au cours du catéchuménat, le catéchumène reçoit les grâces propres à son état, propres aussi à sa personne, car Dieu nous comble tous, toujours et partout de son amour gratuit, même si nous ne le voyons, pas aisément. L’Église affirme encore (et ce ne sont pas propos anciens, comme certains chrétiens le croient) que les grâces spécifiques ne peuvent être reçues que si le récepteur est dans certaines dispositions : le Catéchisme de l’Église catholique nous rappelle que « la libre initiative de Dieu réclame la libre réponse de l’homme, car Dieu a créé l’homme à son image en lui conférant, avec la liberté, le pouvoir de le connaître et de l’aimer ».

Parvenir au temps
de la « libre réponse de l’homme »

Saint Augustin ajouterait que la volonté de l’homme n’est vraiment libre que si elle a été libérée. C’est précisément ce qui est entrepris dans le temps du catéchuménat, au cours duquel doit s’opérer naturellement le « discernement », pour parvenir au temps de la « libre réponse de l’homme ».

À propos du péché, qui est bien une réalité, on rappellera que si je suis pécheur, si nous sommes tous pécheurs, ce n’est pas ce qui nous empêche d’être envoyés en mission, et tout spécialement, pour ce qui nous intéresse ici,à cette mission du catéchuménat. Les apôtres étaient des pécheurs (pensons à Pierre qui a trois fois renié le Christ, pensons aux autres disciples qui ont fui dans la nuit de la condamnation, pensons à Paul qui a persécuté les premiers chrétiens ... ), et pourtant ils ont été et demeurent les piliers de l’Église, ils sont ceux qui ont lancé cette immense aventure de la Bonne Nouvelle annoncée à toutes les nations, jusqu’aux extrémités de la terre. Mon péché n’interdit pas la mission et le discernement, il ne m’interdit pas d’accompagner en vérité celui qui m’a été confié par l’Église, elle-même pécheresse, et que le Christ, lui, accompagne dans sa tendresse et dans son infinie miséricorde.

Alors discerner, qu’est-ce que c’est ?

D’abord, ce n’est pas juger ; bien au contraire, c’est aimer. Mais aimer en vérité, c’est-à-dire en reconnaissant la vérité de l’autre, non pas en essayant de ne pas le voir tel qu’il est. On croit ne pas juger en ne discernant pas, mais c’est souvent précisément parce que l’on juge sans le dire son catéchumène que l’on se tait, que l’on cesse de le regarder. Parfois, par peur d’une vérité difficile à affronter, on adopte le vieux réflexe de la fuite pour refuser le discernement.

Le […]Rituel rappelle d’abord le rôle de l’évêque à qui il appartient « de fixer la durée et de veiller au déroulement du catéchuménat » (Rituel, n°104), et précise que si le discernement qui a été préalable à la célébration de l’entrée en catéchuménat est de l’ordre de l’appréciation, celui qui précède l’Appel décisif nécessite une délibération : c’est dire qu’il ne peut être le fait d’une personne isolée et que c’est toute l’équipe d’accompagnement qui doit en vérité effectuer ce discernement sous la responsabilité et donc avec l’évêque.

Mettre en lumière ce que le catéchumène
a déjà accueilli de Dieu, ce qui lui reste à accueillir.

Alors cessons de penser que l’équipe juge ! Elle pose son regard sur le catéchumène, elle le regarde en vérité et c’est dans la lumière de l’Amour, et non pas dans l’aveuglement et la nuit que se lisent les traces de Dieu.
Comment pourrait-il y avoir baptême sans lumière, sacrement appelé aussi « illumination » ? Comment pourrait-il y avoir amour sans lumière quand Dieu, de qui vient tout amour, est la lumière qui illumine nos visages et qu’en « Sa lumière nous voyons la lumière » (Psaume 35) ?

M-Ch Hazaël-Massieux
(Chercheurs de Dieu n°138, mai 2001, p7)

- publié le 18 décembre 2009- >Version imprimable de cet article Version imprimable